MADAGASCAR
Lettre
ouverte au Parlement européen
MADAGASCAR : La démocratie en danger
Madame,
Monsieur les député(e)s,
Nous
souhaitons attirer votre attention sur les applications abusives de la loi
n°2014-006 du 17 juillet 2014 (dite loi sur la lutte contre la
cybercriminalité). En effet, l’article 20 est devenu un outil de répression
massive des opposants aux régimes successifs de Hery Rajaonarimampianina et d’Andry
Rajoelina.
Pour
preuve, plusieurs journalistes de la presse écrite et animateurs de réseaux
sociaux ont récemment fait l’objet d’arrestation par les forces de l’ordre :
- Le
03 avril 2020, Arphine Helisoa, directrice de publication du quotidien “Ny
Valosoa” a été placée en détention provisoire sans précision de la date de
son procès. Elle est accusée de deux chefs d’inculpation : diffamation à
l’endroit du président de la la République et incitation à la haine d’une
part et non-respect de la loi sur la cybercriminalité d’autre part, plus
précisément d’avoir propagé de fausses nouvelles sur une page facebook
dont elle n’est pas responsable. Précisons qu’elle est à sa seconde arrestation.
(1)
- Le
20 mars 2020, une animatrice de télévision a également été mise en
détention pour “divulgation de fausses informations troublant l’ordre
public” lorsqu’elle citait à l’antenne des chiffres sur la situation du
Coronavirus à Madagascar. (2)
- Septembre
2019, deux journalistes de la chaîne de télévision MBS et du journal
24hMADA ont été condamnés chacun à une amende de 10 millions d’Ar pour
diffamation envers les Forces armées nationales;(3)
- Janvier
2019, Marino Rajaonina, journaliste de radio Vanille à Sambava est arrêté
pour atteinte à la sûreté de l’Etat;(4)
- Février
2019, un couple responsable de compte facebook est mise en détention préventive
pour outrage à Rajoelina (5)
- Mai
2017, Avimana Fernand, alias Fernand Cello, journaliste d’investigation à
Radio Jupiter, à Ilakaka a été arrêté pour avoir notamment révélé
l’existence d’une exploitation illégale de saphir. Il est sous le coup de
sept chefs d’accusation dont “diffamation publique”, “dénonciation
abusive”, “propagation de fausses nouvelles”, “appel à la haine” et
“atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat”. (6)
- Mars
2017, un facebookeur est arrêté en application de la loi sur la cybercriminalité
pour diffamation et fausse rumeur. (7)
- Mars
2017, Hiary Rapanoelina, un administrateur de groupe facebook est arrêté
pour diffamation (8)
A
la lumière des faits précités, cette loi constitue une véritable machine à
intimider et menacer toute attitude journalistique qui ne cadre pas avec la
politique gouvernementale. Bref, l’objectif est de museler la presse. Dans un
pays démocratique ayant un Etat digne de ce nom, il est du ressort de ce
dernier de garantir la liberté d’expression. On assiste donc à une atteinte
grave à la Démocratie.
Aussi,
nous vous demandons de prendre des mesures en votre pouvoir pour contraindre ce
gouvernement à :
- respecter
les droits fondamentaux dans une démocratie ;
- garantir
le respect de la liberté d'expression et celui des droits civiques et
politiques de tous les citoyens ;
- décriminaliser
la diffamation et les insultes et modifier les dispositions relatives à
ces questions pour garantir qu'elles sont mieux conformes aux normes
internationales sur la liberté d'expression ;
- prendre
des mesures concrètes pour permettre aux journalistes d'exercer librement
leur métier et de rendre compte de la crise politique sans faire l'objet
de harcèlement ni de manœuvres d'intimidation ;
- ne
pas imposer de restrictions aux médias afin de leur permettre d'exercer
leurs activités en toute indépendance
15, rue des Savoises
Genève – Suisse
http://gtt-international.blogspot.com/
Note:
Pétition
signée par 490 personnes pour la libération de la journaliste Arphine Rahelisoa :
Références:
(7) http://www.lesdecrypteurs.com/actualites/madagascar/2017/05/27/legouvernement-malgache-a-saisi-facebook/
Destinataires :
Les Parlementaires européens
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire